Ce jour là, la faible lueur des lampadaires laissait apparaître les ombres des passants sur les murs encore humides du cimetière; comme si les âmes des locataires du lieu voulaient s’échapper de leur résidence éternelle. J’avançais d’un pas alerte au travers des dédales de rues contiguës à l’alignement des stèles funéraires en essayant d’éviter les promeneurs dont les pas s’accéléraient au rythme de la pluie qui commençait à recouvrir le sol de ses larmes acerbes. Ce lieu ne me semblait pas inconnu même si mon impression de “déjà vu” s’étiolait au fur et à mesure de ma progression. Soudain, je remarquais que la foule de plus en plus dense se dirigeait dans la direction opposée à mon sens de marche. Le claquement des semelles sur le trottoir qui battait en cadence rendait l’atmosphère lourde et inconfortable. J’étais comme attiré par cet endroit que tout le monde s’accordait à fuir. Etrangement, je me sentais rassuré à l’approche de l’extrémité de la rue qui donnait sur l’avenue principale. Pourtant, ce quartier n’était pas réputé pour son hospitalité mais plutôt pour ses vendeurs de bonheur qui vous proposaient une nuit d’amour pour quelques sous. L’un d’entre eux tenta bien de m’approcher mais il comprit rapidement à mon regard fixe et torturé que je n’étais pas d’ humeur à accepter son offre. Je poursuivais ma marche folle vers la rue du Midi quand la pluie se mit à reboubler d’intensité. Mon pardessus couleur d’ébène était un rempart inflexible aux agressions extérieures. Rien ne semblait pouvoir arrêter ma progression, même pas la nuit noire qui déversait sa mélancolie sur la ville encapuchonnée sous ses toits protecteurs. Les rues se vidaient de leur contenu proportionnellement à l’intensité des précipitations. Je me retrouvais bientôt seul à errer à cette heure tardive de la nuit. La fatigue m’ayant emprisonné sous son linceul, je me laissais gagner par le sommeil. Je me mis alors à rêver de la faible lueur des lampadaires laisant apparaître les ombres des passants sur les murs encore humides du cimetière.
La mort m’avait rattrapé et j’étais devenu une ombre pareille aux autres.



Félicitations, superbement écrit avec luxe détails et de mots peu utilisés mais très justes et presque poétiques
Félicitations, superbement écrit avec des mots et des expressions peu usitées mais qui sont poétiques et faciles à lire