L’Homme vit dans un théâtre : le monde. Dans une optique d’adaptation essentielle ou accidentelle, il use de plusieurs rôles afin de trouver un équilibre faussement ou justement motivé. Ce théâtre, est en fait sa mi-conscience. L’Homme est un acteur qui joue dans sa mi-conscience, à la recherche de son rôle vrai, révélé par la délibération par le rêve : l’identité véritable, c’est-à-dire sa conscience ou sa mémoire mythique.
Le monde entier est un théâtre,
Et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs.
Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles.
[William Shakespeare] : Extrait de Comme il vous plaira
Je ne me prends pas pour William Shakespeare (1564 – 1616), mais nombre de citations écrites par lui, confirment des raisonnements intuitifs qui habitent mon esprit, depuis fort longtemps. Je dis souvent que nous sommes acteur, et que devant chaque situation, nous adoptons – inconsciemment – un rôle le plus adéquat pour telle ou telle scène de l’immense pièce de théâtre ; intuitivement, cela me paraît nécessaire et même évident. Est-ce une faiblesse ou richesse justement motivée ? est-ce une faiblesse ou richesse faussement motivée ?
Notre personnalité, la vraie, est cachée. Notre apparence, est notre face narrative, qui séduit, qui attire, qui véhicule des codes de communication, qui joue et qui sait manipuler notre propre identité, et partant, sait manipuler le monde extérieur. C’est une apparence, liée à la civilisation. Notre identité véritable – notre conscience – est cachée. Elle est le symbole caché derrière la façade narrative. Symboliquement, elle est le langage divin, insufflé par Dieu lors de notre Création. Toutefois, la richesse divine – le mystère – est en soi : caché, comme un Trésor, notre mission, est de parvenir, au cours de la vie, à le découvrir, à le comprendre, et à savoir vivre en Lui et avec Lui.
Elle est liée à la culture, au sens psychobiologique (phylogénétique) de ce terme. Notre identité intérieure, est tendue par un processus, naturel, de transmission de connaissance, de manière biologique. Ainsi, possédons-nous, dès notre naissance, tout un patrimoine culturel (conscience), frais, limpide, dépourvu de toute manipulation narrative (mi-conscience)
Notre conscience véritable, est en soi, très loin en soi. On ne se connaît pas soi-même. On croit se connaître, mais rien de tel, est vrai, (à l’exception de personnalités très rares dotées d’un très grand charisme. Ces personnalités, sont devenues des grandes figures dans l’Histoire de l’Humanité à travers la Médecine (Pr Cabrol né en 1925), à travers la Philosophie (Mohandas Karamchand Gândhî dit « Mahâtma 1869 – 1947), à travers la Musique (Schütz 1585 – 1672), dans la Bible (l’Apôtre Paul vers 40 après JC), etc. Aujourd’hui, je ne connais pas de telles personnes. Ce sont des Êtres qui ont réussit à découvrir l’identité qui se cache en eux, et de ce fait, sont parvenus à dépasser leur fausse motivation (les fausses personnalités –> les rôles d’acteur), laissant l’amour – le charisme – triompher).
Cette personnalité véritable, se révèle essentiellement par l’intuition, dont le langage le plus vrai, le plus sincère, est la délibération1 à travers le rêve, produite par le psychisme, lors du sommeil paradoxal. C’est le langage conceptuel fabriqué par le cerveau lui-même, naturellement. Cela, est notre véritable identité. Inutile de vouloir se décrire consciemment par des mots. Nous serons nécessairement faux avec nous-mêmes, en ce que le mot, est la contradiction de notre langage intérieur d’après Søren Kierkegaard (1813 – 1855) dans « Climancus ou il faut douter de tout ». Seul, un regard extérieur à nous-mêmes, peut nous regarder de manière différente, et peut-être de manière plus juste. Ce regard extérieur, peut nous aider à regarder plus en profondeur vers l’intérieur de nous-mêmes pour tenter d’y trouver notre véritable identité. Ce regard extérieur, est conceptuel. C’est une méthode : méthode de l’introspection. C’est la méthode, scientifique et philosophique, de l’analyse du symbole qu’est le rêve. Le rêve – un mythe par analogie – est le miroir de notre conscience. Cette conscience, dont on parle souvent, est cette identité qui se cache en nous, et qui se révèle à nous par la délibération.
Cette conscience, nous pouvons la voir, à travers le symbole produit par la délibération durant le sommeil paradoxal. Le travail à réaliser – l’ »action »(contraire de « passivité »), au sens Baruch de Spinoza (1632 – 1677) dans l’Éthique (publiée en 1677) – est de faire jaillir cette conscience, au stade de conscience consciente et non de mi-conscience. Car enfin, si nous ne parvenons pas à découvrir cette identité qui habite la moindre parcelle de notre corps et de notre esprit, c’est simplement parce que nous vivons qu’avec une mi-conscience. Nous n’acceptons qu’une partie de nous-mêmes, cela inconsciemment. Simplement, la partie refoulée- le subconscient -, réapparait dans le monde par des attitudes, des gestes, des angoisses, des peurs : c’est la vanité (avec toutes les fausses motivations génératrices des maux de l’esprit, comme le rire exalté qui dans beaucoup de cas, cache une pathologie psychique).
La vanité, est de croire que nous sommes conscients – alors qu’une partie de nous-mêmes, est dans le noir – . Mais nous nous trahissons à chaque instant de notre existence, par le son de notre voix, par le regard, par les gestes, par des pensées, par l’écriture, par l’intuition laquelle révèle le langage intime. Le refoulement créé la déformation de l’esprit. Plus nous refoulons, plus il sera difficile de trouver l’identité qui se cache en nous. Elle sera de plus en plus dans le noir, et nous manquerons de lumière pour la trouver. « La Lumière luit dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Bible, NT, Jean, Prologue). Oui, en effet, nous avons le potentiel de nous analyser, de comprendre le sens qui est caché en nous. Toutefois, nous n’avons pas le courage, de saisir ce potentiel (cette méthode). Nous fuyons cette méthode – cette lumière – qui est la conscience (symboliquement Dieu-surconscient, « la Lumière »). Nous ne pensons qu’au résultat : nous ne pensons qu’à l’aspect extérieur dans le monde extérieur, et négligeons, de ce fait, le monde intérieur qui demande à être éclairé par la méthode : la conscience. Mais en éclairant ce monde intérieur, nous sommes mis devant notre propre identité : la réalité de notre subconscient (les ténèbres). Nous fuyons donc notre conscience, au profils de notre mi-conscience. C’est en quelque sorte, une définition de la vanité. Nous sommes malhonnêtes envers nous-mêmes, de manière refoulée et à ce titre, nous faisons souffrir notre esprit, et partant, notre corps.
Pour cela, se regarder dans le miroir – regarder ses rêves (sa propre intuition) – est sans doute – à en croire la psychologie de Paul Diel (1893 – 1972) – la seule et vraie solution menant l’Homme vers son identité intime.
C’est ainsi, que nous jouons des rôles à chaque instant de notre existence. Chaque rôle, tente de se rapprocher de la conscience, mais en vérité, chaque rôle, n’est qu’une partie de la conscience : la mi-conscience. L’Homme n’est pas conscient. Il est mi-conscient, ainsi, dans cette optique-là, est-il acteur ; un acteur à la recherche constante de sa conscience, autrement-dit, à la recherche de son identité, révélée par la délibération psychique à travers le sommeil paradoxal.
Notons, que l’autre élément qui révèle de manière juste, l’identité véritable de l’Homme, est l’Art ( c’est-à-dire, la maîtrise des sentiments) quand toutefois ce dernier est forgé de manière émotive et ou affective (et non de manière intellectuelle, où dans ce cas précis, on ne parle plus de justesse d’esprit. C’est simplement un «art » purement apparent, esthétique, qui n’a donc aucune raison d’exister).
La musique, par exemple, est « un mythe sonore »2, révélant de manière exacte, l’intérieur psychique du compositeur. La mythologie, est la véritable Mémoire de l’Humanité, en tant qu’elle est issue de la plus pure intuition. On peut vérifier la véracité de mon assertion, par le fait que l’on trouve les mêmes symboles, que l’on soit en Inde, en Norvège, en Orient etc. L’intuition est l’universalité du langage. Ainsi, le rouge, par exemple, est-il autant un symbole d’amour en Inde qu’en Europe. En musique, le mode de ré – mode mythique – a la même signification en Inde qu’en Europe : il est relié au mystère de la Vie, à l’Ancien Testament, à la Création de la Vie. Il évolue vers la quinte ré-la – mystère (AA)/apparition (NA) – qui est la quinte créatrice de l’Univers en Inde, fondement du Raga ; en Occident, cette même quinte, correspond au développement de la Vie selon le Prologue de l’Évangile de Jean « Au commencement était le Verbe. » Tout est lié, tout est un. C’est l’intuition, seul langage vrai, qui permet d’atteindre l’universalité qui préexiste dans la Nature. C’est la Mémoire de l’Humanité, vraie, en ce qu’elle est issue de l’Intuition, source de l’Art universel immortel.
L’intuition, source de toute chose, notre Origine, est notre Passé. Passé mythique – la phylogenèse – : patrimoine acquis dès notre naissance, donne déjà la teneur de notre intuition, il est déjà notre identité avant même que nous sachions parler. C’est ainsi, que le son préexiste au mot, d’où la quinte Ré-la. Le Ré (mystère), est le passé mythique, habitant nos gènes. Le « la », est l’apparition. L’évolution vers l’identité. Nous marchons entre le ré et le la, à la recherche de notre mémoire fondamentale : la conscience.
Pour cela, dans notre société, nous devons nous dire les choses, de manières sincère et directe quelque soit la situation. Le sentimentalisme, l’affectivité, n’ont pas leur place dans la quête de l’identité intime. Vie privée ou vie publique : peu importe. Ce qui compte, c’est de trouver sa véritable identité. C’est d’être sincère avec soi même.
James Lyon, Professeur d’hymnologie disait souvent, que la chose la plus importante, est d’atteindre la justesse d’esprit. C’est aussi, la réflexion, je pense, la plus difficile à mener : être sincère avec soi-même. C’est-à-dire, s’éloigner de sa mi-conscience – s’éloigner des différents rôles faussement motivés – pour atteindre la conscience – pour atteindre l’unique rôle – : être soi-même, de manière consciente, quelque soit la situation.
Peter BECHE
1 Délibération, Paul Diel (1893 – 1972) La délibération est une recherche de satisfaction, selon Diel (Psychologie de la motivation) :
« La délibération est une recherche de satisfaction. Elle tâche de nous rendre clairs les buts (ce que je veux), les moyens (comment agir ? que changer dans le monde extérieur pour aboutir à mes fins ?), la valeur de ce que je désire (serai-je réellement satisfait quand je l’aurai obtenu ? est-ce que je me prépare des culpabilités ? des regrets ? ou une plus grande joie ?). Dans ma délibération, je tâche donc de prévoir si mon désir est réalisable et s’il est harmonisable avec mes autres désirs (si j’ai des désirs contradictoires, quoi que je fasse, je ne serai qu’à moitié satisfait). Pour ma propre satisfaction, je suis donc amené à renoncer à certains désirs sans regret pour mieux en réaliser d’autres que j’ai jugés plus valables. Diel appelle sublimation ce renoncement libre sans regret résiduel (ce sens diffère de celui que Freud donne à ce terme). Pour cela, il faut que j’aie bien évalué mes désirs, pesé leur possibilité d’être vraiment porteurs de satisfaction, et à quel prix, ce que Diel appelle spiritualiser ses désirs.
2 Expression de James Lyon, Chercheur diplômé de EPHE, Professeur d’hymnologie pratique



Eh oui, Peter, réveillons nous et agissons en pleine conscience. C’est ambitieux, car ce sont les sages qui sont réellement éveillés et conscients. Merci pour ce texte qui nous incite (mais je n’ai pas tout retenu de cette page très riche !) à ètre vigilants et conscients.
A bientot