Médée

Ceci est une réecriture d’une partie du mythe de Médée : la Toison d’Or.

Médée, assise devant la fenêtre de sa chambre, regardait dehors. Le ciel bleu sans nuage de Colchide laissait les chaudes étoiles briller. En bas, les serviteurs et les robots s’activaient dans la cour pour préparer le banquet. En effet, le roi Éétès avait reçu un message intergalactique quelques jours plus tôt qui leur annonçait la venue des Argonautes et de l’héritier légitime de Thessalie, une petite planète riche au sud de la galaxie. Le roi avait donc décidé de préparer un grand repas en leur honneur. Depuis, des vaisseaux royaux se succédaient dans le port apportant des aliments exquis des quatre coins de la Voie Lactée.

—     Ma Dame, il faut vous habiller, dit une voix derrière Médée, ils vont bientôt arriver.

—     Je sais, N5R9, je sais. Va donc me chercher la robe 103.

N5R9 partit en grinçant légèrement, laissant Médée à nouveau seule : elle avait l’habitude maintenant. Depuis la mort d’Idyie, sa mère et le départ de sa tante Circé, elle était seule. Mais cette solitude lui convenait, car elle allait souvent dans sa grotte secrète où elle fabriquait toutes sortes de choses : des habits protecteur des flammes, des lasers, des droïdes, des robots, des nouvelles armes et pleins d’autres encore. Cependant, elle manquait d’amour, d’amour d’un homme beau et fort qui l’aimerait. Pourtant, ce n’était pas les prétendants qui manquaient. Mais aucun n’avait réussi à attendrir son cœur.

N5R9 tira Médée de ses pensées en revenant, une belle robe or entre ses pinces.

*

Dans la grande salle de banquet, Éétès parlait avec son fils, Apsyrtos :

—     Qui sont donc ces soit disant Argonautes ? Et puis, que me veulent-ils ? L’empereur de Thessalie n’est jamais venu ici, alors pourquoi son fils viendrait, lui ?

—     D’après les rumeurs, ce seraient de grands guerriers, venus de toute la galaxie, pour, vous vous en doutez sûrement,  prendre l’Etoile de pouvoir. Tout le monde la veut. Combien ont déjà péri en affrontant vos épreuves ? Ceux-ci mourront aussi.

—     Mon fils ! Tu as tout à fait raison comme d’habitude, tu feras un excellent roi. Les Argonautes seront tués et plus personne n’osera me défier. Finalement, ils ont bien fait de venir !

Un serviteur arriva en courant et coupa le roi.

—     Majesté,… Majesté,… Ils arrivent…

—     Accueillez-les comme il se doit, nous allons bien nous amuser ! ricana-t-il.

*

Lorsque Médée prit place à sa table, il ne restait que quelques personnes encore debout. Elle s’assit à sa place habituelle : à la droite de son père. N5R9 se cacha derrière elle, essayant de se faire discrète. En face du roi, se tenait un beau et jeune homme.  Vu sa position à la table, Médée devina qu’il était le chef des Argonautes. Il paraissait plutôt grand et surtout musclé. Il laissait ses chevaux blonds recouvrir légèrement ses oreilles. Ses yeux brillants et étincelants ainsi que son sourire généreux paralysèrent Médée.

Voyant qu’elle l’observait, le chef des Argonautes lui fit un joli sourire et un clin d’œil. Pour toute réponse, la fille du roi rougit et baissa les yeux, honteuse qu’il se soit aperçu de son regard. Puis faisant mine de rien, elle continua de scruter les visages nouveaux à sa table. En face d’elle, un Terrien était assis. Il avait, comme la grande majorité de sa race, des chevaux noirs jais, les yeux bridés et la peau légèrement jaunâtre. Se rappelant de ses cours de civilisation, elle se souvint que la Terre était une vieille planète polluée habitée par des asiatiques comme ils s’appelaient eux-mêmes. Mais la légende racontait que les Terriens furent les premiers à aller dans l’espace.

Le repas débuta enfin, les serviteurs amenèrent les plats et les discussions commencèrent :

—     Cher roi, je m’appelle Jason, fils du roi Eson, chef des cinquante Argonautes, ici présents.

—     Que me veux-tu ? répondit Éétès avec froideur.

—     Comme vous l’avez sûrement deviné, cher Éétès, je viens chercher l’Etoile de pouvoir.

—     J’espère pour toi que c’est une blague, cher Jason, fils d’Eson, dit le roi en ricanant.

—     Non, point du tout. Je compte sur votre bonté, cher Monarque, car il s’agit d’une bonne action. Je souhaite, grâce à votre énorme générosité et grâce à l’Etoile, récupérer le trône d’Iolcos, volé par  mon oncle Pélias.

—     Cher chef des Argonautes, de traitement de faveurs tu n’auras pas. Trois épreuves tu gagneras et l’Etoile de pouvoir tu auras.

—     J’accepte.

Le roi se leva et s’adressa à tous les convives :

—     Chers hôtes, je vous invite à revenir ici même dans trois jours pour assister aux épreuves de l’Etoile de pouvoir que ce cher Jason, va essayer de surmonter !

Le repas toucha à sa fin et déjà quelques visiteurs étaient partis se coucher. Médée avait passé une excellente soirée en bavardant principalement avec le beau Jason. Elle s’était rapidement éprise de lui, l’aimant un peu plus à chaque regard, chaque parole échangée. Mais elle savait bien que lui et les Argonautes étaient voués à la mort. Personne ne survivait aux trois épreuves de l’Etoile de pouvoir. Elle voulait aider Jason. Circé lui avait appris les bases sur la construction de droïdes. Sa mère lui avait enseigné l’art de fabriquer des vêtements. Cependant, il lui faudrait des robots à la pointe de la technologie et des habits très puissants eux aussi. Il restait donc trois jours à Médée pour peaufiner son art et ainsi sauver l’élu de son cœur.

*

Médée était déjà couchée quand un bruit de pas se fit entendre dans le couloir juste à côté de sa chambre. Se levant d’un bond, elle enfila une veste de sa création qui protégeait des armes laser. Elle ordonna à N5R9 de se tapir dans un coin sombre de la pièce pendant qu’elle se cachait derrière son lit, l’arme au poing. Puis elle tendit l’oreille. Les pas étaient toujours là. Ils se rapprochèrent, et soudain ils s’arrêtèrent. Médée savait que la personne s’était immobilisée devant sa chambre car c’était la seule dans ce couloir. Elle se concentra, elle ne devait pas manquer sa cible sinon elle y passerait. Elle attendit encore. L’intrus semblait hésiter à entrer. Soudain la poignée de la porte se mit à bouger doucement. Médée tremblait mais elle plaça son doigt sur la détente prête à tirer dès que la porte s’ouvrirait. Enfin, l’importun poussa délicatement la porte. Médée était prête. Dans quelques secondes, elle déclencherait la détente. Elle avait répété ce geste des centaines de fois depuis son enfance, sur des cibles. Cette fois-ci, ce n’était plus un entraînement.

L’ombre d’un homme se dessina sur le sol. Médée devait agir maintenant. Elle le fit. D’un bond souple, elle sauta sur son lit accompagnant son geste d’un grand cri. Elle atterrit avec force sur son matelas. Elle ne prit pas le temps de viser correctement : elle tira trois fois.

Quelques instants plus tard, Médée remarqua que tout son corps était crispé, qu’elle fermait les yeux et qu’elle criait encore. Elle reprit le contrôle de son corps petit à petit. Elle commença par arrêter de crier. Puis, elle détendit ses mains, décolla ses doigts de son pistolet qui tomba par terre. Et enfin, elle ouvrit les yeux.

*

Quelle fut alors sa surprise lorsqu’elle découvrit Jason, les yeux écarquillés et les bras en l’air. Elle crut qu’il allait partir en courant mais non, il éclata de rire, entrainant Médée avec lui.

—     Jason, dit-Médée, je suis vraiment désolée, je ne voulais pas… Je croyais que… Enfin, je ne pensais pas que ce serait toi… T’ai-je blessé ?

—     Tu m’as juste éraflé à l’épaule, rien de grave ! Tu n’es pas très bonne tireuse et heureusement pour moi !

—     Oh, je suis vraiment désolée… Entre, je vais te soigner.

Jason s’avança et s’assit sur le lit. Médée disparut quelques instants dans une armoire avant d’en revenir, les bras chargeaient de plusieurs flacons et une bande de tissu. Elle s’assit en suite à côté de lui, déposant les fioles de l’autre côté.

—     Hum… Jason… Il faudrait que tu enlèves ton haut, lui demanda Médée, gênée.

—     Je crois que tu devrais le faire pour moi. Cette blessure a beau être en surface, elle me fait quand même souffrir.

Alors Médée se leva et aida Jason à faire de même. Puis elle commença à lui enlever son maillot, laissant ses doigts caresser son corps parfait. Elle le sentit frissonner de plaisir quand elle remonta dans son dos. Une fois qu’elle eut fini, elle le regarda langoureusement son corps avant de le faire asseoir à nouveau. Elle appliqua plusieurs produits contenus dans les flacons sur l’épaule droite de Jason. Puis elle y posa un petit morceau de tissu. Jason se sentit tout de suite mieux.

Alors qu’elle se penchait pour vérifier que tout était mis correctement, Jason prit son visage entre ses mains et l’embrassa. Médée, surprise, recula de quelques pas. Jason se leva et posa délicatement une main sur son épaule et l’autre sur son cou. D’une légère pression, il la fit lui tourner le dos. Doucement, il entreprit de dénouer la ficelle qui retenait sa chemise de nuit.

Médée sentit  les doigts de Jason descendre doucement dans son dos en détachant son habit. Elle frémit de plaisir lorsqu’il fit tomber son vêtement le long de ses bras. Quand elle fut nue, elle se retourna et vit qu’il avait commencé à se dévêtir. Elle attendit qu’il finisse pour l’embrasser à son tour. En fermant les yeux, elle sentit ses doigts chauds descendre dans son dos la faisant frémir de plaisir.

Ensemble, ils se laissèrent tomber sur le lit. Sans plus bouger, ils se contemplèrent longuement. Puis Jason toucha ses cheveux, les fit glisser entre ses doigts et les baisa. Du plat de la main, il lui caressa les joues, trouva ensuite le chemin de son cou et la naissance de ses seins. Là, il s’arrêta, hésitant.

Médée le regardait amoureusement. Il fallait  qu’il lise dans ses yeux qu’il pourrait tout oser.

Soudain, elle sentit sa main glisser entre ses seins puis effleurer son ventre jusqu’à son nombril. Un frisson la parcourut encore. Il fit glisser ses mains sur ses hanches et son dos. Il s’écarta ensuite de son corps, tout en restant assez près d’elle pour lui laisser sentir la chaleur de sa peau. En fermant les yeux, Médée se laissa tomber en arrière. Elle le sentit venir doucement sur elle. Elle frémit quand il lui caressa les seins et le visage. Lorsqu’elle sentit son membre effleurer sa cuisse, elle serra les jambes autour de lui. Une onde de frissons parcourut son être et elle se livra corps et âme à lui.

*

Lorsque Médée se réveilla, N5R9 lui indiqua l’heure :

—     Ma Dame, bonjour, il est 10 h 07 du matin.

Médée se retourna et vit que Jason n’était plus là.

—     N5R9, où est Jason ? demanda-t-elle, inquiète.

—     Il s’est levé à 8 h 39 et 33 secondes, s’est habillé à 8 h 41 et 15 secondes, m’a laissé un message à 8 h 48 et 52 secondes.

Jason apparut sur l’écran du robot :

—     Médée, passe me voir quand tu veux, je serai avec les Argonautes.

Et il disparut laissant N5R9 continuer son rapport.

—     À 8 h 50 et 03 secondes, il vous a embrassé sur le front et enfin à 8 h 50 et 58 secondes, il est parti.

—     Merci. Prépare-moi les habits 12 s’il te plaît.

*

Médée ne rejoignit pas Jason tout de suite. Après avoir déjeuné, elle se rendit dans grotte secrète, cachée en dessous du château. La pièce était équipée d’un système de protection et de défense très puissants, créé par Médée. Le dispositif lui prit  d’abord ses empreintes digitales, puis vérifia sa voix. Elle entra ensuite son mot de passe avant de pouvoir pénétrer dans la salle. Celle-ci était grande, ses murs disparaissaient derrière d’immenses étagères où son bric-à-brac était rangé. Au centre de la pièce, une table flottait dans les airs. Déjà, plusieurs robots s’activaient, certains triaient, d’autre classaient. Médée s’installa et se mit rapidement au travail.

*

Ainsi passèrent les trois jours, Médée travailla souvent dans son atelier. Bien entendu, elle passa aussi beaucoup de temps avec Jason.

Pour la première épreuve, Jason devait réussir à atteler les deux bœufs puis labourer une terre. Le défi paraissait facile, mais il n’en était rien. Le roi avait implanté une puce dans leur cerveau qui modifiait leur comportement  et leur ADN. Et donc, les animaux crachaient maintenant du feu et leurs sabots brûlaient. Pour les calmer, Jason devrait leur gratter derrière les oreilles, ils adoraient ça. Médée lui avait donné un vêtement de dernier cri qui protégeait des flammes et des brûlures. Elle l’avait légèrement perfectionné en lui donnant la capacité d’atténuer les coups. Mais elle ignorait s’il fonctionnait correctement…

Jason entra en piste, l’habit que lui avait donné Médée lui allait à ravir. Il leva les yeux et croisa son regard apeuré. Un peu plus loin, il vit les deux animaux en train de brouter tranquillement. Il essaya d’abord de s’approcher lentement de face, il croyait ainsi pouvoir gagner leur confiance. Hélas, dès que les bœufs le virent, ils le chargèrent avec force. Comme ils venaient de loin, Jason n’eut aucune peine à les éviter. Les deux animaux firent un rapide demi-tour et continuèrent leur attaque. L’homme dût faire un grand bond, suivi d’une roulade pour leur échapper. Il devait trouver une stratégie, et vite car il ne pourrait tenir le rythme très cadencé des bêtes. Roulades après roulades, il déjouait les assauts. Mais il se fatiguait rapidement. De plus, sa blessure à l’épaule commençait à le faire souffrir. Lors d’une énième charge, un des bœufs donna un violent coup de tête à Jason qui se retrouva expulsé quelques mètres plus loin. Son épaule  l’élança violemment. Il la regarda et vit que son habit commençait à rougir. La plaie s’était rouverte.

Soudain, il se rappela des paroles de Médée. Elle lui avait dit que ces animaux se calmaient seulement lorsqu’on leur grattait les oreilles. Il lui suffirait donc de grimper sur leur dos et le tour était joué.

Il se releva d’un bond, vacilla quelques instants et vit que les animaux le chargeaient à nouveau. Au lieu de faire une roulade, il se poussa au dernier moment, attrapa le haut du cou de la bête mais il sauta trop tard. Il se retrouva sur la croupe du bœuf et fut éjecté en arrière par la vitesse. Il atterrit avec violence et fit quelques rouler-bouler avant de réussir à se remettre debout. Déjà, ils revenaient sur lui. Il ne ferait pas deux fois la même erreur. Il se décala, sauta, agrippa l’encolure et atterrit au bon endroit cette fois. Il s’empressa de gratter les oreilles du bœuf qui se calma aussitôt. Puis il fit de même avec l’autre avant de les atteler et de labourer la terre.

*

La seconde épreuve se déroulait juste après. Jason eut à peine le temps de se faire un rapide pansement, de boire un peu d’eau et de prendre son sabre ainsi qu’une pierre que Médée lui avait donnée.

Jason retourna dans le champ entouré de tribunes. À l’entrée, un jeune garde lui tendit un sac de graines qu’il devrait planter. Médée lui avait dit que ces semis étaient remplis d’électronique et que lorsqu’il les planterait, des clones guerriers de dernière génération germeraient. Cependant, ces soldats étaient aussi bêtes que leurs pieds. Donc, quand on lançait une pierre entre eux, ils s’accusaient mutuellement et s’entretuaient.

Jason sema rapidement les grains et estima leur nombre à soixante. Avant que les clones ne germent, il courut se cacher un peu plus loin où il s’allongea ventre contre terre. Les guerriers sortirent rapidement du sol. Jason lança la pierre et comme prévu, les soldats commencèrent à s’entretuer. Mais il remarqua un grand clone, à l’écart du reste. Le guerrier regarda dans sa direction d’un air menaçant et sortit son arme. Jason se leva et fit de même. Brandissant son sabre laser devant lui, il attendit que son adversaire approche. Et le combat commença. Au départ, chacun testa les forces de l’autre en jouant avec les épées.

Il vaut mieux que j’attaque en premier, pensa Jason, ainsi je serai supérieur à lui.

Il frappa alors. D’un léger mouvement de poignet, il fit tournailler son arme son arme. Il  visa le flanc de son ennemi. Toutefois, celui-ci était rapide. Il para donc l’assaut  avec facilité et souplesse. Jason le surprit ensuite par un puissant coup de pied au niveau du genou qui déstabilisa le clone. Celui-ci recula d’un petit pas pour mieux reprendre son équilibre et ainsi attaquer l’humain à l’épaule droite. Jason eut beaucoup de mal à parer la puissante charge qui lui ouvrit à nouveau sa blessure, lui arrachant un cri de douleur.

Je ne pourrai le battre avec ma force, il est plus puissant que moi. En plus, je suis blessé… Je dois trouver son point faible.

Soudain, il comprit. Ce géant mesurait au moins deux têtes de plus que lui. Il se décala légèrement vers sa droite. D’un grand mouvement de bras, il essaya de toucher les jambes du soldat qui se pencha. Jason en profita alors pour l’achever en lui tranchant la gorge.

*

Médée était soulagée, tout ce passait bien pour le moment. Mais le plus dur restait à faire car la dernière épreuve restait bien évidement la plus compliquée.

Après avoir à nouveau fermé la plaie de Jason, elle alla dans sa grotte secrète, chercher sa nouvelle création : un minuscule vaisseau d’environ dix centimètres, équipé d’une caméra et d’un mouchard.

Une fois la nuit tombée, elle se rendit dans sa chambre, son avion caché dans sa main. Elle demanda ensuite à N5R9 de fermer toutes les issues sauf la fenêtre. Puis elle sortit un écran géant et alluma le robot-vaisseau qui se mit à ronronner doucement. Tout de suite, une image apparut sur l’écran. La caméra fonctionnait à merveille. Médée attrapa une télécommande qu’elle avait dans la poche et appuya sur le bouton rouge. L’avion décolla et prit rapidement de la vitesse. Il se rapprocha dangereusement du mur. Médée pencha la poignée vers la gauche. Le vaisseau décrivit un brusque virage dans cette direction, rasant le mur.

Médée eut encore besoin de quelques minutes pour contrôler l’avion parfaitement. Elle le fit alors sortir par la fenêtre et se concentra sur l’écran. Elle dirigea son robot vers la montagne qu’elle voyait au loin. Suivant un sentier très caillouteux, l’aéroplane arriva dans une clairière entouré de grands sapins. Au fond, un immense robot en forme de dragon semblait somnoler. Mais il n’en était rien. Dès que l’avion s’approcha un peu trop près, le dragon bondit sur ses pattes arrière et commença à le chasser à coup de pattes avant. Virant à droite et à gauche, il échappa aux griffes de son assaillant. Énervé, la bête cracha une gerbe de flammes qui aveugla le petit vaisseau. Elle en profita pour l’envoyer voler plusieurs mètre plus loin d’un violent coup de patte. L’avion roula dans la poussière pendant quelques secondes avant de décoller à nouveau avec difficulté. Il réussit à raser le flanc de l’animal et à se placer derrière sa tête. Il visa mais il se prit un grand coup de queue. Après une grande vrille pour éviter une nouvelle chute, il se replaça et cette fois tira rapidement le mouchard.

Médée était contente d’elle-même : le mouchard semblait bien placé. Il ne restait plus qu’à attendre que Jason fasse le reste du travail. Alors elle s’endormit, le sourire aux lèvres.

*

Les deux étoiles étaient hautes dans le ciel quand Jason commença sa dernière épreuve. L’air chaud le faisait déjà transpirer à grosses gouttes. D’un pas sûr, il commença à gravir la petite montagne. Le chemin long et sinueux l’épuisait. Les pierres roulaient sous ses pieds, le faisant tomber à nombreuses reprises.

Enfin, il arriva en vue de la clairière. Le dragon était là, menaçant. Ses immense ailes d’un magnifique bleu métallisé, ouvertes, donnaient une impression de force et de puissance infinies. Jason s’avança doucement. Derrière le robot, il vit l’Etoile, si brillante, si  belle. Soudain, il se mit à courir, pris d’une gigantesque envie de la prendre dans ses bras, de la toucher. D’un coup il reprit ses esprits, il était sous les pattes de la bête qui n’avait pas bougé. Le mouchard fonctionnait. Sautant de joie, Jason attrapa l’Etoile de pouvoir et repartit.

*

—     Jason, il nous faut partir, maintenant ! cria Médée quelques minutes seulement après la fin de l’épreuve.

—     Mais je viens juste de terminer ma descente, laisse moi me reposer un peu.

—     Jason ! s’énerva Médée, tu ne connais pas mon père ! Crois-tu vraiment qu’il va te laisser partir ainsi avec sa plus grande richesse ? Et bien, non, il va t’attaquer. Mais si  nous partons tout de suite, il ne pourra que nous poursuivre. De plus, j’ai déjà prévu quelque chose s’il arrive à nous rattraper.

—     Tu as sûrement raison, comme d’habitude. Partons.

Jason et les Argonautes rassemblèrent rapidement leurs dernières affaires avant de monter dans leur vaisseau et de prendre la fuite. Ils sortirent difficilement du champ de gravité de Colchide renforcé. Dans l’espace, ils passèrent quelques minutes en vitesse lumière avant de ralentir voyant que le roi ne les avait pas suivis. Ils commençaient seulement à fêter leur victoire, que l’alerte fut donné : les radars venaient de repérer trois vaisseaux de Colchide. À peine les guerriers eurent rejoins leurs postes que déjà l’assaut débuta. Les jets lasers fusèrent. L’Argo, le bâtiment des Argonautes, vacilla. Lescolchidiens venaient de toucher un des réacteurs.

—     Médée, quelle était ta solution ? demanda Jason, inquiet.

Elle partit à l’arrière et revint quelques instants plus tard, un sabre à la main et son frère ligoté marchant devant elle. D’un mouvement de bras, elle trancha la tête d’Apsyrtos puis le coupa en morceaux qu’elle jeta ensuite un à un dans l’espace commençant par la tête. Et sans un mot, elle retourna dans sa chambre.

*

Le vaisseau de Colchide ralentit à la vue des parties humaines voltant dans l’air. Lorsque le roi Éétès reconnut son fils, il ordonna à ses soldats  de rattraper les morceaux et d’arrêter la poursuite.

*

Médée pleurait à chaudes larmes quand Jason la rejoignit. Il l’enlaça et lui susurra à l’oreille :

—     Merci, jamais je n’oublierai ce que tu as fait pour moi. Je t’aime.

Ils restèrent ainsi enlacés pendant plusieurs dizaines de minutes, ignorants que bien d’autres épreuves et malheurs les attendaient sur la terre ferme.

Administration

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